jeudi 18 juin 2009

Aujourd'hui

j'ai vu un défilé pour un enterrement dans la rue. J'ai tilté, j'ai conçu dans ma tête un article pour mon blog, comme 5 fois par jour ici.
Mais que m'arrive t-il, j'entends aussi le glas.

Le glas de quoi?
Le glas de ce blog.

Pourquoi?
Parce que je comprends. L'innocence n'est plus authentique. Après 150 articles et un an passé ici, j'ai comme l'impression que mon étonnement ne sera suscité que par des sujets qui ne pourront plus interesser mes lecteurs.

Les situations deviennent de plus en plus profondes, et de plus en plus personnelles parfois, et ne peuvent permettre l'expression libre et exploratrice qui composait l'âme et la raison de vivre de ce blog à ses débuts.
Je ne peux pas dire que je suis devenue Indienne... et Dieu, Allah, Bouddha, Shiva et toute la compagnie m'en gardent.

J'analyse juste la culture Indienne d'un point de vue tout autre. Celle d'une étrangère qui a été acceptée, et qui partage non plus une expérience, mais sa vie réelle. La perspective que j'avais mis en avant, celle qui me tenait tant à coeur, était "L'OBSERVATION".
Or, mes opinions commencent désormais à être influencées, transformées, parce que je suis une part de cette population, sur laquelle je ne puis me permettre maintenant qu'un certain jugement.

Le jugement étant illogique pour ce blog,
en voici la fin.
Je remercie tous ceux qui m'ont écrit de si nombreux messages
et ceux qui m'ont encouragée...

Phir milenge,
Bilitis.

mardi 2 juin 2009

Aujourd'hui

j'ai vu une des facettes de Bombay. Une belle et reluisante.

J'étais invitée à une réception chez un financier. (Par financier, j'entends financeur de tout ce qui peut rapporter un peu d'argent). Une trentaine de personnes compose la liste des invités, et moi, encore la seule petite blanchinette au milieu de tout ce beau monde : Mais je commence à m'habituer. (Et comme dirait mon très bon ami sénégalais ici : "Bilitis, toute ma vie j'ai presque toujours été le "Seul Noir", alors je sais ce que c'est...")

Dès l'entrée dans le bungalow au coeur de Bandra, on sent que l'on va pénétrer dans un lieu spécial : Une cabine de gardien privée , une BMW blanche et une BMW noire garées devant le porche annoncent la couleur. Et voilà la maîtresse de maison qui nous accueille avec un sourire magnifique.

A l'intérieur, tout n'est que "luxe, calme et volupté". Un DJ et une dizaine de serveurs s'affairent à nous servir, que dis-je, à nous gaver de nourriture succulente. Et de vin, mais ça c'est accessoire, n'est-ce pas?

Je parle un moment avec le propriétaire des lieux . Un bel homme, très calme et pondéré dans ses réactions, la trentaine :
"Bilitis, do you want to visit the house?
-And how !!"

400m² en plein coeur de Bandra, ça se visite comme un musée.
La maison est sur 4 étages, 2 terrasses, des écrans plats partout retransmettant le cricket, une salle de cinéma privée, une salle de ping pong géante, 4 chambres magnifiques, des salles de bain sompteuses, un temple étonnant... Et ce lustre en verre au milieu des escaliers transparents...
Sharukh Khan lui-même (Pour ceux qui ne connaissent pas ce personnage, remplacez le nom précédent et impronnonçable pour vos lèvres françaises par Johnny Hallyday... Euh, le parrallèle n'est pas possible en fait...) a voulu acquérir cette maison pour en faire des bureaux.

Je n'ai pas été impressionnée. Non, juste absorbée par la grâce de ces personnes.
Et tout ceci m'a menée à une pensée.
" Tous ces sourires, qu'ils soient sur les lèvres d'un enfant du bidon ville ou sur celui de ce business man dans sa BMW, hé bien, ils sont juste à expérimenter : Toutes les facettes sont à connaître."

lundi 1 juin 2009

Aujourd'hui

1er du mois, c'est l'heure de l'article commun sur le blog des Bloggeurs de Bombay. Le sujet parait assez évident au départ, mais ce fut un exercice assez difficile, au final.
"Le lieu au je n'aurais jamais pensé mettre les pieds à Bombay."

Je vous invite à lire les articles de mes chers compatriotes, sur le même thème !
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« Le lieu où je n’aurais jamais pensé mettre les pieds un jour ».

Le lieu est un facteur. L’atmosphère en est un autre.
Or le lieu dont je vais vous parler, c’est le plus touristique de Bombay : Le Gateway of India, à côté du Taj Hotel.

Qu’arrive t-il au cœur d’une petite blanchinette de française comme moi quand un lieu aussi symbolique est repris par ses habitants révoltés, blessés, offensés, empris à la plus grande tristesse ?
Que se passe t-il dans la conscience d’un Humain quand une des plus grandes métropoles d’Asie s’arrête de vivre quelques heures pour commémorer des incidents qui l’ont atteinte au plus profond de son âme ?

Vous l’aurez peut être compris, j’étais au « Rally » qui a eu lieu une semaine après les attentats du 26 Novembre. Une semaine seulement.
Je n’ai pas eu peur. J’ai seulement senti que le moment que j’allais vivre allait être d’une intensité que je ne serai jamais à même de revivre dans ma vie.
Et j’ai fait le déplacement en train. (Oui, oui, jusqu’à la gare même où on découvrit alors que j’y étais, pile-poil, 8 kilos d’explosifs).

En vivant dans ce pays, je ne me voyais pas me cacher dans mon confortable et sécuritaire petit appartement, et ne pas être témoin de ce moment, reflétant un des plus beaux symboles d’expression de la démocratie. Place n’était pas faite aux vieilles manigances politiques, seule la voix du peuple indien pouvait crier de toutes ses forces son émotion.


Je n’aurais jamais pensé voir une telle fièvre et une si puissante passion dans les yeux de tant de gens, composant la foule. Heureusement, j’ai pu me faire expliquer la plupart des gestes et des chants entonnés par Kunal.
« Ta petite face de blanche curieuse, c’est bien dans la normalité et la sécurité, mais maintenant tu la ramènes pas trop, tu restes près de moi, je ne suis pas super rassuré que tu sois là, une semaine seulement après ce qui s’est passé ».

Des milliers de personnes ont défilé ce jour-là, la rage au ventre et la tristesse dans les yeux. Certains en voulaient aux politiques, d’autres aux policiers, les uns scandant leur slogan contre le Pakistan, d’autres allumant des bougies pour leurs morts.

Les visages se confondent, les pancartes se dressent, les chants montent du fond de la rue jusqu’à moi. Je me les fais traduire au fur et à mesure. Mais un seul est resté dans ma mémoire, parce qu’il était un des seuls en anglais « Fuck Pakistan ».
Il y a quelques bousculades, des microphones qui crient dans tous les sens, des pseudo-gourous qui ouvrent des groupes de discussion spontanés, des sifflets qui retentissent lorsqu’un camion de policiers passe, des regards mélancoliques tournés vers le Taj encore noirci par la fumée.



Si ma mémoire a gardé des souvenirs, ils sont teintés sépia, la bande son est hanté par des chants scandés de toutes parts, et des milliers de visages de tout âge aux expressions diverses apparaissent dans mon film mental…qu’il m'est encore impossible de décrire plus précisément, 6 mois après. Au dessus, en dessous, sur les côtés… une foule incroyable m’a embarquée pour un voyage inoubliable dans sa liesse. Une frénésie de révolte.

Je ne sais combien j’ai fait de kilomètres ce soir là, ni combien de temps j’ai erré, portée par la foule.
Je suis rentrée dans le Nord, dans ma banlieue éloignée, je me suis étendue sur mon lit, les yeux grands ouverts. Et j’ai essayé d’analyser. Impossible.



Ce lieu, je n’aurai pensé y mettre un jour, ni les pieds, ni même l’âme, comme je l’ai fait. Ce qu’il représente pour moi, aujourd’hui, c’est peut être le jour où je suis tombée profondément amoureuse de l’Inde, parce que j’en ai vu les entrailles ensanglantées, jaillissant d’un corps de toute beauté, tiraillées par l’absurdité des intérêts insensés de quelques personnes.

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L'article du 4 Décembre, et quelques photos supplémentaires ici.
Merci à Chotu pour la seconde photo.





samedi 30 mai 2009

Aujourd'hui

je réponds à cette question, que je reçois souvent dans ma boîte mail :
"Bilitis, est ce que tu crois que je peux venir en Inde seule... j'ai entendu que c'était pas facile en tant que fille..."

Réponse groupée reflétant ma propre expérience.

L'homme indien à chemise et pantalon de travail a ceci de troublant pour moi :
Il est petit; il a les yeux qui vous parcourent le corps cherchant la moindre parcelle à observer, couverte ou non; arrête toute activité en cours pour ce faire; et dans 5% des cas, si, et seulement si il est accompagné de sa horde de copains lui donnant une certaine confiance, cet animal ose un "Schmouck-Schmouk" : onomatopée imitant un bisou bruyant... et dégoûtant.

Mais allons au bout du sujet :
Oui, il peut toucher aussi. Dans la rue, la bête peut dévier sa trajectoire au dernier moment et vous frôler le bras, la main, et tout ce qu'il pourra atteindre à vrai dire.
Dans une foule, il osera aller jusqu'à vos fesses. Oui, deux fois j'ai pu constater que "le passage de main façon indienne" est tout à fait ignoble.

Vous en voulez plus? La voyageuse solitaire en quête d'information sur l'Inde aimera apprendre qu'elle peut tomber sur des pervers... mais comme en France ma foi... Le pervers Indien auquel j'ai eu à faire en plein jour avait eu la descence de porter un bout de plastique sur son engin, au contraire du pervers Annécien qui n'en avait pas.

Les plus valeureux Indiens, disposant d'un statut et accessoirement d'une voiture ou une moto n'hésiteront pas à vous klaxonner, s'arrêter et demander :
" What are you doing? Can we be friends and hang around together? Can I have your number?"

Enfin, le moins fûté ira jusqu'à utiliser une astuce professionnelle pour vous atteindre, vous appelera à 11h pour vous souhaiter "Sweet Dreams" et, à une réponse indignée de votre part, ira jusqu'à vous envoyer ce type de SMS, tard dans la nuit : (message recopié mot pour mot de mon téléphone).
"How can you disconnect like that U don't hav respect for your friends its ok you don't want Indian friend and thanks for hurting me. bye"
(Merci d'avoir raccroché comme ça. tu n'as aucun respect pour tes amis. C'est bon tu veux pas d'ami indien et merci de m'avoir blessé. Bye)

L'excuse raciste, j'adore. Essayer de faire culpabiliser, encore plus. Ce cher et tendre a eu cependant l'honneur d'entrer dans mon répertoire sous le nom "Manish Bhenchod". (lien si contre pour traduction).

Pas d'illustration, cela donnerait à l'animal un peu plus d'importance.

Voilà la thèse. Voici l'anti-thèse :
Un vrai ami indien est dévoué. Il ne comptera pas, et si vous êtes accepté dans son cercle, il ne vous lâchera pas. Un inconnu dans la rue fera également tout son possible pour vous aider. Directions, renseignements, n'hésitez pas !
Les tenues découvrant vos épaules sont évidemment attirantes pour la population indienne assez frustrée sexuellement, compte tenu de la pression traditionnelle. Le légendaire Kamasutra est bien loin.
Mais sachez également que la plupart des Indiennes de notre génération, s'habillant parfois même plus sexy que nous pourrions le faire en France, subissent exactement les mêmes pressions.
Ayez dans votre bagage à vocabulaire quelques mots appropriés qui pourront faire fuir les individus importuns... Ces derniers sont vraiment de sacrés dégonflés !

Tout est dans l'appréciation des limites que vous êtes capables d'accepter...
Pour ma part, je m'en offusque parfois, je m'en amuse le plus souvent, et j'avoue même que j'en joue quand cela m'est utile (traverser la rue en tendant une main devant un taxi, ça marche...).

jeudi 28 mai 2009

Aujourd'hui

j'ai l'impression que les Indiens tournent leur veste bien rapidement...

Dans un bar de Bandra, le Match Barcelone-Manchester est programmé. Pour 600 Rs, c’est open bière et open apéro. Le groupe que nous formons alors que le match commence à minuit et quart se défend tant bien que mal face à la masse de supporters de Manchester.
Mais c'était sans compter sur nous... Quand il faut donner de la voix, nous sommes présents : Et plus le match tourne en notre faveur, plus nos rangs grossissent.

Lorsque Kévin lance un impromptu "Barça is magic, Barça is magic" après le premier but, nous entendons de plus en plus de voix autour de nous reprenant cet air venu tout droit de Paris.

Evidemment, la bière aide. En effet, pour les 600 Rs que nous avions dépensés, il fallait renflouer le compte sur le liquide, car le solide se composait de trois chips.

A la fin, je constate que 50% de la salle est en liesse. Serait-ce une bonne facette de l’Ahimsa de Gandhi ?